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12/05/2009

Rico the Wizard : interview

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Il est des personnages clés dans la musique électronique française dont la discrétion est à la hauteur du talent. Avant-gardiste de génie, Eric Chedeville alias Rico the Wizard, moitié du Knight Club en compagnie de Guy-Manuel de Homem-Christo des Daft Punk est probablement l'un des personnages clés de la french touch et dont on doit en grande partie l'émergence de l'electro en France.

Après avoir traîné dans les premières raves, il lance le label Pumpking Records avec Médéric Nebinger (qu'on retrouvera plus tard sur un morceau sorti sur le maxi Crydajam chez Crydamoure) et ils produisent les premiers maxis technos français. Il croise alors Jackson et Jennifer Cardini dont il lancera les carrières. Puis vint la rencontre avec les Daft Punk et l'aventure Crydamoure qui restera à jamais le meilleur label house de la période French Touch!

Après avoir participé avec Guy-Man et Romain Tranchart à la production du dernier Album de Sebastien Tellier "Sexuality", il revient à la production sur l'excellent label "Darling records" pour un morceau d'house filtrée complètement entêtant. La présence du grand DJ Sneak pour un remix full dancefloor démontre une fois de plus l'importance de Rico sur la scène électronique mondiale.

De projet en rencontre, Rico nous a consacré un peu de son temps pour un faire un peu le point de sa carrière, sur son futur, sur Crydamoure.

Un grand monsieur, un grand producteur, un total respect.

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Je t’ai laissé la dernière fois où je t’ai vu jouer à Bochum en Allemagne avec Paul (alias Play Paul) pour une tournée Crydamoure. On était d’ailleurs en pleine Crydamoure mania, les gens portaient des tee-shirts arborant le logo du label. On était un peu au sommet. Pourquoi avoir tout arrêté ?

Quand Guy-Man et moi avons fait Crydamoure, cela correspondait à une periode musicale, mais aussi à un mode de vie; apres presque 15 ans de clubbing, nous nous sommes un peu lassé de sortir et musicalement guy man comme moi avions envie de tenter d'autres experiences musicales.

Remontons le temps, tu es un des pionniers de l’electro en France avec ton label Pumpking Records. Tu peux nous raconter comment les choses se sont faites ? Tu es tombé dans l’electro comment ? Ta rencontre avec Médéric alias Funky Derrick ?

En réalité, c'est le père de Thomas Bangalter qui a pressé mon 1er vinyl en 1991. En effet, les parents de Médéric etaient très amis avec les parents de Thomas, le père de Thomas avait senti qu'il y avait quelque chose a faire avec ce nouveau courant musicale.

Cela n'a rien donné, mais fort de cette experience, 3 ans plus tard Médéric et moi avons créé pumpking records.

On te doit l’émergence d’artistes comme Jackson et Jennifer Cardini à cette époque. Tu gardes toujours des contacts avec eux ? Comment tu signais les artistes? As-tu une certaine fierté quand tu vois leur parcours ?

Jackson avait 14 ans quand nous avons produit son 1er disque, c'était un enorme teufeur pour son âge et j'ai beaucoup de respect pour son parcours et pour ce qu'il est devenu. Néanmoins, je n'eprouve pas de fierté particulière. C'est amusant mais toutes ces rencontres se sont faites dans les clubs en faisant la teuf.

J'ajoute que pour Jackson, Médéric le connaissait de longue date car une fois de plus le pere de Thomas avait produit sa mère (le titre "j'irais revoir valparaiso").

A cette époque tu rencontres Guy-man et Thomas. Une rencontre décisive after all ! Comment tout cela s’est passé ? Tu as senti immédiatement le potentiel ? Pourquoi ne pas les avoir signé à ce moment-là ?

Quand Guy-Man et Thomas sont venus pour la 1er fois à pumpking, ils étaient déjà en discussion avec soma. Ils ont toujours été très autonome dans la facon de gérer leur affaires.

Que s’est-il passé pour toi entre Pumpking et Crydamoure ?

J'ai fait quelques productions avec Christophe Monier des Micronauts qui sont sorti sur les labels Loaded et Azuli. Quand je suis parti de pumpking au mois d'août 1996, j'ai trouvé un studio tres rapidement et Guy-Man m'a proposé de créer un label avec lui. Au depart, on avait pensé à "Madness" ou "les disques de l'aimant" mais finalement ce fut Crydamoure.

Comment s’est passé le démarrage de Crydamoure ? Comment fonctionnez-vous avec Guy-Man concernant la production ?

Au début, on voulait juste faire notre musique, on n'avait pas vraiment conscience de ce que c'était un label. D'ailleurs, on a mis un an avant de sortir le premier volume, "Santa Claus". Puis, Gildas Loaec (actuel boss de Kitsuné) est venu travailler avec nous et nous a bien aidé pour la mise en place du réseau de distribution et pour faire décoller le label. Dès le premier disque, on en a vendu plus de 15 000 exemplaires. C'était facile et drôle!

Vous avez alors sorti des maxis avec Paul Johnson et DJ Sneak, peut-être les deux plus mythiques producteurs de Chicago. Comment les avez-vous rencontrés ? Pourquoi avez-vous signé ces pointures ?

Comme toujours, tout ce qu'on a fait avec Guy-Man n'avait pour nous aucune portée commerciale. Le seul but qu'on avait, c'était de faire de la bonne musique et de bien s'amuser. On a rencontré Paul et Carlos (alias DJ Sneak) dans des teufs, comme d'habitude, et on est devenu potes, surtout avec Carlos avec qui nous avont toujours des contacts. Pour le remix de Paul, on a attendu 11 mois pour l'avoir, et au moment où on ne l'attendait plus, a Miami, à la Winter Music Conference, il est venu et nous a filé le remix de "white wind".

Puis ensuite on alterne les maxis du Knight Club avec les sorties d’artistes qui vous sont proches : Paul, Romain, Deelat. Quel était ta contribution ? Tu participais à la production ? Tu leur as refusé des tracks ?

Pour ce qui est de Paul et de Romain, nous n'avons jamais participé à la production. Ils nous ont toujours amené des bandes master, on a juste fait le pressage et la distribution. Pour ce qui est de Deelat, nous avons coproduit avec Guy-Man.

Vous avez ensuite fait émerger des artistes comme The Eternals, Sedat ou Archigram. Vous receviez énormément de démos à l’époque ? Gardes-tu des rapports avec eux ?

Nous nous voyons peu, mais nous restons en contact.

Ils restent beaucoup de morceaux non sortis de l’époque ? J’ai souvenir que vous aviez produit un morceau avec Sneak sur lequel il chantait et puis il y a eu une petite embrouille non ?

Effectivement, Guy-Man et moi n'avons pas bien compris pourquoi Carlos ne voulait pas sortir le disque, mais maintenant, avec le recul, je comprends bien; c'était un morceau hors du commun, ni Knight Club, ni Sneak, un morceau politique car il était question de Bush, un peu malmené dans le texte, et cela ne correspondait pas à la musique de Sneak à cette époque. Bien qu'original, j'aime bien ce titre et il sortira peut-être un jour...

Combien vous vendiez de disques par sortie ? L’arrêt de Crydamoure est lié un peu à l’effritement des ventes ? à l’émergence des mp3 ou simplement à une saturation liée à la house filtrée super décriée sur sa fin ?

On n'a jamais fait attention à ce que les gens pensaient de notre musique. On a créé Crydamoure dans la meilleurs période, donc vendre trente milles disques à cette époque, c'était bien, mais pas fabuleux, et encore une fois, on s'en foutait des chiffres, on n'a jamais fait ça pour l'argent, ni pour la gloire, on a juste vécu une superbe histoire...

Après Crydamoure qu’as-tu fait ? Tu t’es consacré à ta vie perso ? Tu as continué à faire de la musique ?

Après Crydamoure, j'ai passé un peu de temps avec ma fille Dune, qui venait de naître, et je me suis consacré à l'apprentissage de logiciels pour les aveugles, car atteint depuis la naissance d'une maladie génétique, je perds la vue et à cette époque, c'était devenu très critique. Il a fallu que je prenne un chien guide, que j'apprenne le braille et l'informatique. Cela m'a prit un an. Après quoi, Romain Tranchart de Modjo m'a demandé si je voulais produire son album avec lui et j'ai accepté. Ce fut un long projet, de pop, que j'ai beaucoup apprécié. Puis j'ai également coproduit avec Guy-Man le dernier album de Sébastien Tellier, Sexuality. J'ai moins fait la teuf aussi!!

Tu contribues d’une manière ou d’une autre au travail des Daft ou pas du tout ?

Pas du tout. D'ailleurs, je suis fan!

Tu as participé activement à l’album de Sébastien Tellier avec Guy-Man et Romain Tranchart. Comment tu as vécu l’aventure ? Ca se passait la journée, la nuit ? Ca finissait en fiesta au Baron ?

Guy-Man, Romain et moi commencions à 9h du mat et Seb nous rejoignais vers 15h, pas très réveillé... C'est surtout Guy-Man qui a produit le disque, moi je l'ai aidé et Romain nous assistait. C'était une super expérience et Seb est un mec mortel, un super compositeur.

Comment abordes-tu ton rôle de producteur ? Tu te diriges dans l’avenir plus dans cette voie ou continueras-tu à réaliser tes propres morceaux ?

J'aime bien faire des trucs perso mais je n'ai pas la patience d'aller jusqu'au bout; quand on travaille sur la musique d'un autre, on a vraiment envie de faire bien et de le "sublimer". J'adore ça.

Tu viens de produire l’album de Romain Tranchart, peux-tu nous en parler ?

C'est un super compositeur, l'album est vraiment bien, pour le reste...Wait and see...

Tu vas sortir un maxi sur Darling Records, le label d’Axel le Baron. Comment s’est passée la rencontre ? Pourquoi avoir sorti un morceau sur ce label ? Comment tu qualifierais le son de ton track ?

J'ai rencontré Alex il y a deux ans je crois. Il est venu au studio pour que Romain et moi lui produisions deux tracks pop; je ne savais pas à l'époque qu'il était fan de house. Comme je cherchais un studio pour produire un track et qu'Alex avait acheté une console que j'affectionne particulièrement, une Neve Melbourne, j'ai été chez lui produire le track. Il m'a dit qu'il montait Darlinget m'a demandé si je voulais faire un truc dans le genre old school crydamoure, et j'ai trouvé ça marrant, alors je l'ai fait.

Il y a une grosse attente sur le web d’un retour d’une french touch 1.0. Est-ce légitime ? En tant que pilier de ce mouvement, penses-tu que ça ait un sens ? Verra-t-on un retour de Crydamoure ?

On ne verra jamais un retour de Crydamoure.

Parlons de la nouvelle scène française. Toi qui a toujours cultivé une certaine discrétion, comment as-tu perçu l’émergence de toute cette scène qui s’affiche partout presque jusqu’à l’overdose ?

Comme je suis mal-voyant, je ne vois pas trop ceux qui s'affichent, mais j'entends des sons sympa, à droite et à gauche... :-)

Tu as été approché pour produire certains de ces artistes ?

Non, mais je connais certains d'entre eux qui sont très sympas.

En tant que professionnel, comment as-tu vécu le changement structurel de l’industrie du disque ?

Le chien aboie mais la caravane passe.

C’est quoi une journée dans la vie d’Eric Chedeville ?

C'est comme pour la tienne, une journée unique et banale!


Rico the Wizard - Spell of Love

 

 

Merci à Rico, Axel le Baron et Julien Kourbatoff de Darling Records

Le maxi de Rico est disponible sur le myspace de Darling Records.

Commentaires

Depuis presque 10 ans, pas UNE journee sans que j ecoute un titre Crydamoure.
Merci monsieur Rico.

Écrit par : Julien | 12/05/2009

Merci pour cette ITW vraiment sympa!! ;)

Écrit par : LetTheMusicPlay | 12/05/2009

"On ne verra jamais un retour de Crydamoure."

='( ='(

Mais bon, j'espere que celà ne veut pas dire "On ne verra jamais un retour du Knight Club" !! =D =D

Écrit par : Julien | 13/05/2009

merci bcp pour cette itw !!

"On ne verra jamais un retour de Crydamoure."
en meme temps si c'etait le cas, ca casserait le mythe !

Écrit par : lechat | 15/05/2009

Les commentaires sont fermés.